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La sourate de la Caverne, symbole du parcours soufi

Le chemin spirituel soufi expliqué par onze commentaires coraniques

Cet article a été publié dans Oasis 29. Lisez le sommaire

Dernière mise à jour: 17/07/2020 09:28:41

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Nayla Tabbara, L’itinéraire spirituel d’après les commentaires soufis du Coran, Vrin, Paris 2018

 

Le chemin soufi est un parcours lent et ardu. Il est fait de constance, de patience, d’états spirituels à atteindre, de passages à accomplir. C’est ce parcours que raconte Nayla Tabbara dans L’itinéraire spirituel d’après les commentaires soufis. Pour ce faire, elle utilise onze commentaires coraniques soufis de la sourate 18, appelée al-Kahf (la Caverne), écrits entre le VIIIe et le XXe siècle. Son livre ne constitue pas seulement un instrument de compréhension du parcours mystique islamique, mais il permet de comprendre à fond le panorama de l’exégèse coranique, de ses origines jusqu’à nos jours. Son objet, en effet, est aussi de démonter l’idée, répandue surtout parmi les non spécialistes, qu’il n’y ait qu’une seule interprétation littérale du texte sacré musulman. Idée qui tend à donner de l’Islam une image monolithique, sans tenir compte de la grande variété des commentaires : linguistiques, historico-critiques, théologiques, spirituels, philosophiques, etc. Pour illustrer cette complexité, l’ouvrage, dans le premier chapitre, retrace l’histoire de l’exégèse coranique, en partant des premiers siècles, plus confus, jusqu’aux développements successifs, où on la voit devenir une science autonome et complexe. Avec clarté, lucidité, et une attention particulière pour l’origine étymologique des mots, l’auteure présente les différentes typologies de commentaires coraniques, mettant en évidence leurs spécificités et leurs points de contact.

 

Ce n’est qu’au second chapitre que l’on arrive au thème central du livre, la sourate de la Caverne, que Tabbara expose et analyse en détail, à travers les différentes interprétations dont elle a été l’objet au fil du temps. La sourate, qui appartient à la seconde période mecquoise, raconte en ses 110 versets plusieurs paraboles et trois histoires principales. C’est de l’une de ces histoires que dérive son nom : l’histoire des dormants dans la caverne, identifiés généralement avec les sept dormants d’Ephèse de la tradition chrétienne. Elle est considérée comme la « sourate eschatologique par excellence » (p. 60), en raison de ses contenus touchant la fin des temps, l’antichrist, le jour du Jugement, la résurrection. Les raisons pour lesquelles l’auteure l’a choisie sont multiples, comme elle l’explique elle-même. Outre ses traits fortement eschatologiques et son importance au niveau populaire, il s’agit d’une sourate de caractère universel, qui contient des récits appartenant à d’autres confessions, porteuse d’un intérêt interreligieux. Enfin, elle est particulièrement chère aux soufis, qui en font un modèle de cheminement spirituel mystique. C’est sur cette perspective que se concentre la seconde partie du livre (chapitres 3-8). C’est un parcours : de la rationalité plus didactique des premiers chapitres à l’approfondissement spirituel auquel mène l’exégèse soufie.

 

À la différence des commentaires traditionnels, les commentaires soufis confèrent une importance particulière au rôle de l’exégète, lequel, pour reprendre la célèbre formule appliquée aux imams chiites, devient un « Coran parlant » (p. 18). En effet, dans une perspective mystique le commentaire se présente comme un dialogue entre le texte et la vie : l’un aide à la compréhension de l’autre. La dichotomie zâhir/bâtin (apparent/caché), c’est-à-dire l’idée d’un sens ésotérique caché derrière le sens apparent (linguistique, littéral), est propre aux commentaires soufis. En effet, pour les mystiques musulmans le but ultime des récits coraniques est pédagogique et indique un cheminement « personnel et spirituel dans la voie de Dieu » (p. 67). Cela est particulièrement vrai dans le cas de la sourate de la Caverne. L’analyse des onze commentaires soufis de la sourate permet à l’auteure de tracer les lignes de force de la pensée des mystiques musulmans et de leur parcours spirituel, en en touchant tous les thèmes essentiels.

 

Chaque dimension est traitée et expliquée dans ses nombreuses nuances et diversités d’interprétation, à la lumière des différentes exégèses de la sourate. Souvent, les commentateurs soufis divergent sur des points particuliers, mais pour tous, ce qui est fondamental, c’est le combat intérieur « en vue de l’élévation de l’être » (p. 95). Il s’agit d’un parcours qui prévoit un passage « de la multiplicité à l’unité » (p. 95), à travers une progression dans les stations spirituelles (permanentes) et une élévation dans les états spirituels (temporaires). Le but ultime du parcours est la sainteté et l’union complète à Dieu. L’histoire des dormants (Cor. 18,9-26), qui, persécutés pour leur foi, se réfugient dans une caverne et se réveillent miraculeusement après un sommeil de centaines d’années, devient alors, pour de nombreux soufis, dont le commentateur du XIe siècle al-Qushayrî, l’image des stations du détachement et de l’isolement loin du monde, nécessaires dans le cheminement vers Dieu. Comme toutes les stations, celles-ci dépendent elles aussi premièrement de la volonté de l’homme, mais elles sont soutenues par l’aide divine, qui rend les oreilles sourdes (Cor. 18,11) et renforce les cœurs (Cor. 18,14). Pour le mystique du Moyen-Age Baqlî la caverne devient donc la « chambre nuptiale » ou « la caverne de son union » (p. 111).

 

L’histoire de Moïse elle aussi (Cor. 18,60-82) a été l’objet de plusieurs interprétations. Elle raconte le rapport entre le prophète juif et un serviteur sage, détenteur d’une science divine (Cor. 18,65). Tandis que Moïse le suit pour apprendre cette science, celui-ci effectue une série d’actions apparemment négatives, qui à la fin se révèlent avoir un but salvifique. Et c’est précisément cette histoire qui deviendra le modèle par excellence de la suhba (compagnie) entre le disciple et le maître soufi, concept portant de la mystique islamique.

 

Ce qui frappe particulièrement, outre la connaissance profonde de la matière traitée et la capacité d’en fournir un cadre complet, c’est l’insistance de l’auteure sur les divergences d’interprétations au sein de l’univers soufi et de ses commentaires. Nayla Tabbara parvient ainsi à réaliser le projet qu’elle avait annoncé dans son introduction, à savoir de rendre raison de la grande complexité du monde musulman en général, et exégétique et soufi en particulier, tout en en faisant émerger dans le même temps les piliers fondamentaux.

 

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que la responsabilité les auteurs et ne reflètent pas nécessairement la position de la Fondation Internationale Oasis
 

Pour citer cet article

 

Référence papier:

Viviana Schiavo, « La sourate de la Caverne, symbole du parcours soufi », Oasis, année XV, n. 29, juillet 2019, pp. 137-139.

 

Référence électronique:

Viviana Schiavo, « La sourate de la Caverne, symbole du parcours soufi », Oasis [En ligne], mis en ligne le 14 juillet 2020, URL: https://www.oasiscenter.eu/fr/la-sourate-de-la-caverne-symbole-du-parcours-soufi

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